CONCERTS

24 mai 2018                   Jazz in Arles

  • UNIVERS-SOLITUDE

     

     

    Philippe Mouratoglou

    guitares acoustiques

     

     

    Bruno Chevillon 

    contrebasse

     

     

     

     

    Ramon Lopez

     

    Batterie

     

     

    CD / DOWNLOAD

     

    Enregistré au Studio LA BUISSONNE en  2017 par Gérard de Haro

     

    Pochette et livret     Emmanuel GUIBERT

    Production               Label Vision Fugitive

    Distribution              Autre distribution

     

    Philippe Mouratoglou Trio : Univers -Solitude

     

    Quand on considère l’histoire de la guitare acoustique dans le jazz, on est vite confronté à un curieux paradoxe : alors que l’instrument, véritable totem de la culture populaire, a accompagné toutes les évolutions stylistiques des musiques improvisées, il s’est finalement fort peu illustré dans la formule canonique du trio avec contrebasse et batterie. Certes, d’immenses guitaristes ont gravé des milliers de disques dans les formations les plus diverses, du solo au big band mais finalement assez peu d’entre eux se sont risqués à cet effectif trinitaire qui a tant réussi au piano. La raison est peut-être à chercher dans la nature même de l’instrument, qui accompagne les solistes ou s’exprime mélodiquement, mais qui, à l’inverse du piano, n’endosse presque jamais les deux rôles simultanément : par une sorte de convention tacite, ou la force de l’habitude, le guitariste soutient l’harmonie, puis improvise des mélodies. Cette loi non écrite a heureusement connu des exceptions notables, souvent de la part de guitaristes qui étaient déjà un peu marginaux dans leurs choix esthétiques — on pense ici aux curieuses et plaisantes

    « fusions » jazz/classique initiées par les pionniers des années cinquante Laurindo Almeida et Charlie Byrd, mais plus encore à des irréguliers de la scène « folk », comme Davey Graham ou Sandy Bull qui, dans une poignée d’albums visionnaires, n’hésitait pas à croiser Chuck Berry et Guillaume de Machaut dans un dialogue halluciné avec le grand batteur Billy Higgins.

    Relever le défi du trio guitare-contrebasse-batterie passe donc par une remise en question profonde de la syntaxe guitaristique et de la distribution des rôles au sein de l’effectif instrumental. Cette nouvelle donne fut la grande affaire du free jazz et à sa suite de ce qu’on a appelé les nouvelles musiques improvisées, véritable laboratoire à ciel ouvert qui a permis aux musiciens européens de s’illustrer avec l’éclat que l’on sait. C’est toute cette histoire stimulante — celle qui s’écrit toujours au futur — que ce projet en trio réactualise avec cette sorte d’évidence lustrale qui préfère les solutions aux problèmes et résout les questions de langage par des réponses picturales. Car bien malin celui qui pourrait dire qui « accompagne » qui dans ce flux musical moiré où les percussions chantent autant que les cordes percutent et où les trois musiciens semblent ne plus former qu’un seul corps protéiforme, un peu comme dans ce saisissant portrait de Hokusaï, l’Homme aux cinq pinceaux. Dès la longue plage d’introduction, Univers-solitude, s’installe un « monde flottant » qui oscille entre binaire et ternaire (on retrouve la même ambiguïté dans l’Echelle de l’évasion), dans une indécision rythmique qui ne dilue jamais la pulsation. Peintres en musique, ces trois-là savent bien que l’alchimie des textures et des couleurs ne serait rien sans la fermeté des lignes. Avec ses guitares six-cordes et baritone souvent accordées en open-tuning, Philippe Mouratoglou poursuit ses explorations des usages non conventionnels de l’instrument et certains des paysages sonores qu’il invente ne sont pas sans rappeler les couleurs si particulières du grand folksinger Nick Drake, maître des accordages alternatifs. Mais c’est à un autre méconnu capital que Porte-Nuage (Scott’s blues) rend un hommage explicite : l’immense Scott Walker, légendaire baryton de la pop anglaise dont Climate of Hunter, qui devait être « l’album du retour » en 1984 et dont le morceau Dealer a inspiré ce Porte-Nuage, rencontra une indifférence de plomb à l’époque de sa sortie : comme le montreraient ses productions ultérieures, il avait juste le tort d’avoir vingt ans d’avance... Un peu comme Ornette Coleman en son temps, dont on entendra ici une relecture lunaire de Lonely Woman.

    Ce savant tuilage d’influences distillées ne doit pas étonner de la part de musiciens passionnément à l’écoute de leur présent comme de leur passé. A l’instar de Philippe Mouratoglou, Bruno Chevillon s’est imposé autant dans les musiques dites

    « savantes » (mais toutes les musiques ne le sont-elles pas ?) que sur les scènes de jazz, notamment aux côtés du clarinettiste Louis Sclavis, sans jamais perdre de vue son éducation picturale faite aux Beaux-Arts. Tout aussi sensible à la démarche des plasticiens, et peintre lui-même, Ramon Lopez, fort d’une expérience qui l’a mené de la musique indienne au flamenco, est plus qu’un batteur : c’est un genre à lui tout seul, tant sa scansion rythmique évoque plus la liberté fantasque des machines de Jean Tinguely que la rengaine métronomique d’un batteur ordinaire.

    Et c’est peu dire que ces trois-là, en rebattant totalement les cartes de la formule en trio, inventent en l’instant une nouvelle unité trinitaire : riche de toutes les musiques du passé et ouvert à tous les vents des possibles, leur univers semble ne proclamer la solitude que pour mieux accueillir toutes les voix de la multitude, comme pour donner raison aux mots très simples et très forts de Jim Harrison : « nous ne sommes pas seuls »•

     

     

    Gilles Tordjman

     

     

     TRACK LIST

    COMPOSITIONS DE PHILIPPE MOURATOGLOU

    (excepté 8. Ornette Coleman)

     

     

    1 – UNIVERS-SOLITUDE                 12'05

    2 – ERIS (RÊVERIE)                              2'00

    3 - L'ECHELLE DE L'EVASION          6'18

    4 – DE CIEL EN CIEL                        2'48

    5 – HYDRA                                       2'48

    6 – VOILES                                       7'07

    7 – PORTE-NUAGE (SCOTT'S BLUES)    3'38

    8 – LONELY WOMAN                      7'08

    9 – HAUMEA                                   5'43

    10 – 25 NOVEMBRE                       7'46

     

     

  • Philippe Mouratoglou

     

    Depuis les années soixante, les guitaristes courent les rues. Les guitaristes classiques de façon plus discrète, quoiqu’en nombre conséquent… Quant à ceux qui — partant d’une formation classique — se sont ouverts avec bonheur aux versions folk et électrique de l’instrument comme à l’abondante diversité de musiques qu’elles permettent de pratiquer, on les compte sur les doigts d’une main.

     

     Autant dire que Philippe Mouratoglou est un oiseau rare au pays des six-cordes, d’autant qu’il improvise aussi, et ajoute parfois à son instrument sa voix ou celle d’une soprano : Ariane Wohlhuter.

     

     Formé par Pablo Marquez, Wim Hoogewerf et Roland Dyens, Philippe Mouratoglou a vite éprouvé le besoin d’étendre sa palette expressive et son répertoire : de la Renaissance à la musique contemporaine en passant par la musique traditionnelle, du blues de Robert Johnson — revisité de façon personnelle et inspirée en compagnie des clarinettes de Jean-Marc Foltz et de la contrebasse de Bruno Chevillon — à un dialogue avec la guitare flamenca de Pedro Soler autour d’Isaac Albeniz. Rien d’étonnant, donc, à ce que son trio « So full of shapes… » joue aussi bien John Dowland que Benjamin Britten, ni à ce que son disque « O Gloriosa Domina » paru en 2005 couvre cinq siècles de musique.

     

     Rien d’étonnant, enfin, à ce que Philippe Mouratoglou ait invité Jean-Marc Foltz et le producteur Philippe Ghielmetti à créer Vision Fugitive, un nouveau label qui apporte une bouffée d’air frais dans un monde musical souvent bien cloisonné.

     

     

    Thierry Quénum

  • Bruno  Chevillon

    Le fait même que Bruno Chevillon ait entrepris à l’adolescence de s’engager simultanément dans des études d’arts plastiques et de photographie aux Beaux-Arts et dans l’apprentissage de la contrebasse classique au Conservatoire d’Avignon est tout sauf anecdotique au regard de la cohérence et de l’éclectisme de son parcours — son geste artistique s’imposant comme fondamentalement syncrétique dans sa façon de se situer systématiquement à la croisée des genres (jazz, improvisation libre, domaine contemporain, rock expérimental, musiques électroniques) et des pratiques artistiques contemporaines les plus avancées (poésie sonore, arts plastiques, danse).Après avoir fait ses classes auprès d’André Jaume puis s’être rapproché du Groupe de Recherche et d’Improvisation Musicales de Marseille (GRIM) animé par Jean-Marc Montera, Bruno Chevillon voit soudain sa carrière s’accélérer en 1985 lorsqu’il rencontre Louis Sclavis qui en fait aussitôt le pivot de son nouveau quartet avec François Raulin au piano et Christian Ville à la batterie. Participant successivement à la création du septet Chamber Music, au projet “Ellington on the Air”, à la formation en 1992 de l’Acoustic Quartet, en compagnie de Marc Ducret et Dominique Pifarély, puis l’année suivante d’un trio avec François Merville à la batterie, le contrebassiste demeurera pendant près de 15 ans le plus fidèle compagnon du clarinettiste (leur dernière collaboration en date remonte à 2000 avec l’enregistrement pour ECM du disque L’affrontement des prétendants).Parallèlement à cette aventure artistique au long cours, Bruno Chevillon, repéré pour la fluidité et l’élégance de son phrasé ainsi que la grâce féline de son drive, va à partir du milieu des années 90 multiplier les collaborations avec quelques-uns des artistes les plus décisifs de la scène jazz hexagonale. Après avoir été notamment sollicité par Yves Robert, Michel Portal, il engage en 1995 une association féconde avec le pianiste Stéphan Oliva qui débouchera sur une série de disques en trio (dont deux avec le batteur Paul Motian). En 1998, il fonde avec le batteur Eric Echampard le nouveau trio de Marc Ducret (groupe phare toujours vivace 15 ans après sa création). Les années 2000 seront pour lui l’occasion de générer de nouvelles rencontres artistiques (Daniel Humair, Régis Huby, Christophe Marguet, Tim Berne, Joey Baron, Bojan Z) mais surtout d’approfondir son goût pour l’interdisciplinarité en allant explorer aux côtés du compositeur Samuel Sighicelli (Canicule pour contrebasse et échantillonneur), de Franck Vigroux et Kasper T. Toeplitz, d’Oliva encore (Soffio di Scelsi), du clarinettiste Jean-Marc Foltz (enregistrement du disque Cette opacité en 2003), mais aussi du danseur et chorégraphe Christian Rizzo (spectacles …/…(b) et Mon Amour), des univers hybrides ouvrant de nouveaux types d’interactions entre musique improvisée, domaine contemporain et autres formes artistiques.La création en 2008 du groupe Caravaggio avec Benjamin de la Fuente au violon, Eric Echampard à la batterie et Samuel Sighicelli aux claviers, ainsi que l’enregistrement en 2007 du disque solo Hors-champ, aux confins de la musique improvisée et de l’expérimentation électronique, offrent le meilleur aperçu des préoccupations esthétiques actuelles d’un musicien définitivement en mouvement. 

  • Ramon Lopez

    ﷯Alicante, (Espagne) 6-8-1961 Batteur. Il s’installe à Paris en janvier 1985 et intègre peu à peu la scène expérimentale française. Parallèlement, il se passionne pour la musique indienne qu’il enseigne au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (1994-2001). Entre 1997 et 2000 il a été le batteur de l’Orchestre National de Jazz, dirigé par Didier Levallet. Il a collaboré à des disques ou à des concerts avec Beñat Achiary, Rashied Ali, Majid Bekkas, Anthony Coleman, Andrew Cyrille, Sophia Domancich, Hamid Drake, Agustí Fernández, Glenn Ferris, Sonny Fortune, Barry Guy, Charles Gayle, Teppo Hauta-Aho, Daniel Humair, Howard Johnson, Joachim Kuhn, Daunik Lazro, Jeanne Lee, Gérard Lesne, Thierry Madiot, Roscoe Mitchell, Joe Morris, Ivo Perelman, Enrico Rava, Paul Rogers, Louis Sclavis, Alain Silva, Archie Shepp, John Surman, Mal Waldron, Christine Wodrascka et d’autres protagonistes de l’avant-garde jazz, se produisant en concerts et festivals à travers le monde. Il a enregistré une centaine de disques et Il est à l’heure actuelle, un des artistes européens les plus respectés dans le domaine du jazz contemporain et de la musique improvisée. Ramon Lopez a été nommé « Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres » par le Gouvernement français en 2008.
  • disque / livret

  • presse

     Le leader à la guitare acoustique, aussi inspiré qu’un Ralph Towner de la grande époque, Bruno Chevillon à la contrebasse, Ramon Lopez à la batterie : naissance d’un superbe trio ouvert aux quatre vents de l’improvisation libre, mais cependant ancré dans le champ mélodique. Jazz Magazine - playlist « Leur musique est vivante, organique, lyrique, lumineuse et infiniment poétique. Plus qu’une classique distribution de rôles instrumentaux convenus, il s’agit d’une œuvre collective permanente où, se jouant des règles et les codes, les trois musiciens concourent à la peinture de paysages inouïs. » CHOC JAZZ MAGAZINE – Juin 2018 « Derrière ce blaze d’avant-centre de l’Olympique de Marseille se cache l’auteur d’un des disques les plus puissants de l’été. … Un vrai ballet à base d’open-tuning, de folk, de drone et de raggas indiens dans lequel des paysages à la Ry Cooder s’abîment dans des contrées plus sauvages, celles du free jazz. » INDISPENSABLE JAZZ NEWS – Juin 2018 « Ce trio, dans son fonctionnement libertaire et totalement maîtrisé tout à la fois, nous transporte dans cet espace d’incertitude, où la musique n’est jamais prévisible, et pourtant toujours exactement pertinente ». ... d’une sidérante beauté » LES DNJ « Remplissant comme il se doit un cahier des charges de ce label élégant (…) dans lequel une certaine forme de retenue, un soin accordé au naturel des instruments et un propos en suspens s’imposent tout naturellement, le guitariste dévoile des compositions où l’argenté des cordes découvre des ambiances en demi teinte. » CITIZEN JAZZ Juillet 2018 « De la musique aux couleurs irisées. De la musique tout simplement ! » CULTURE JAZZ Mai 2018 « Ces trois là échangent sans règles de prise de parole, à tour de rôle ou simultanément, mais sans jamais se couper la parole. Ils créent leur propre agora musicale. Une musique savante, parfois elliptique, un défi relevé de mains de maîtres. » GUITARIST ACOUSTIC – Juillet 2018
  • video

  • photos

  •